Face aux nuisances électromagnétiques, les éleveurs se mobilisent

Face aux nuisances électromagnétiques, les éleveurs se mobilisent

L'association Animaux sous tension, qui défend les éleveurs victimes présumées de nuisances électromagnétiques, reprend du service et entend bien mener son combat jusqu'au bout.

 

« On est coupable de rien »

La détresse, tous la connaissent. Les maladies qui pullulent dans le cheptel, la production en baisse, les coopératives qui ne veulent plus du lait ou de la viande, les préjugés des confrères, le mépris des experts, et parfois, une santé qui se met à vaciller. Des années de galère pour essayer de comprendre. Avec bien souvent à la clé, liquidation, abandon de l’élevage, dettes démesurées et démêlés judiciaires.

« J’ai vu mon fils et mon mari craquer, ils parlaient de se zigouiller », témoigne Martine, la mère de Sylvain Gallet, un jeune éleveur laitier d’Eure-et-Loir qui a perdu presque tout son troupeau à cause des courants parasites induits par la ligne à 20 000 volts qui passait juste au dessus de son bâtiment agricole.

Les témoignages, à fleur de peau, se succèdent. La voix de Yann Joly, éleveur de Picardie, tremble quand il évoque sa fille, à qui il aurait dû transmettre l’affaire familiale. Elle va finalement travailler dans la ferme des 1000 vaches, dans la Somme. Lui a vécu une « descente aux enfers » après l’implantation de 24 éoliennes près de son exploitation.

Ils m’ont pris dix ans de ma vie. Les champs électromagnétiques ont eu un impact énorme sur ma famille et mon entreprise. »

Yann Joly, éleveur de Picardie a raconté avec beaucoup d'émotion comment il a perdu tout son troupeau de vaches après l'installation d'un parc éolien à proximité de son exploitation.
Yann Joly, éleveur de Picardie a raconté avec beaucoup d’émotion comment il a perdu tout son troupeau de vaches après l’installation d’un parc éolien à proximité de son exploitation. (©actu.fr)

Sylvie Gasnier, qui avait avec son compagnon Hubert Goupil, dans l’Orne, un atelier de poules pondeuses de plein air, liquidé en juillet 2015, ainsi qu’un troupeau de veaux, liquidé à son tour deux ans et demi plus tard, peine à compter les procédures engagées depuis quatre ans. Mais elle ne baisse pas les bras.

On se bat car on veut faire reconnaître qu’on n’est pas coupable. On n’a pas commis de faute, on n’a pas volé, on n’a pas tué. On est coupable de rien. Mais on nous poursuit et on nous dévalue en permanence. »

Hubert Goupil et Sylvie Gasnier, dans l'Orne, ont liquidé leur élevage de poules pondeuses en 2015.
Hubert Goupil et Sylvie Gasnier, dans l’Orne, ont liquidé leur élevage de poules pondeuses en 2015. (©Le Perche)

Lire aussi : Tentatives de suicide, liquidations judiciaires, infarctus… des vies brisées à cause des ondes électromagnétiques

Lutter contre les pressions des lobbys

La journée de rencontre donne une tribune à ces hommes et ces femmes qui bien souvent n’osent pas parler, par honte ou sous le poids de pressions diverses. Ensemble, ils sont décidés à lutter contre les lobbys de l’électricité qui « achètent le silence de certains paysans », dénonce encore Serge Provost.

On fait taire les éleveurs à coups de millions et d’offres de délocalisation de leurs exploitations. Certains occupent des fonctions importantes dans les structures représentatives de la profession. On met les éleveurs sous silence et on les maintient sous perfusion. »

Sollicités par actu.fr, RTE et Enedis, les deux principaux opérateurs d’électricité, n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

L'association Animaux sous tension, présidée par Serge Provost, reprend du service et entend bien faire du bruit autour de son combat.
L’association Animaux sous tension, présidée par Serge Provost, reprend du service et entend bien faire du bruit autour de son combat. (©FH/La Gazette de la Manche)

Faire évoluer les normes

L’Anast a aussi des pistes de travail concrètes : la reconnaissance de la géobiologie, qui étudie l’impact de l’environnement sur le vivant. L’intervention chez elles d’un géobiologue a bien souvent apporté une éclaircie aux victimes de rayonnements électromagnétiques. 

L’association réclame aussi la révision des normes en matière de seuil d’exposition aux rayonnements électromagnétiques et davantage de contrôles des installations électriques, notamment que toutes les chambres d’agricultures exigent qu’un bâtiment agricole soit construit en équipotentialité (une protection permettant de garantir l’absence de potentiel électrique entre différents éléments conducteurs d’électricité, ndlr).

Des actions judiciaires à venir

Enfin, les victimes attendent la réparation des préjudices subis. L’Anast compte ainsi sur Maître François Lafforgue, du cabinet TTLA de Paris-Marseille. 

« La tâche est ardue, mais nous sommes persuadés que le combat est légitime et juridiquement soutenable », assure Me Lafforgue. A l’issue de la réunion, il a suggéré aux éleveurs de rassembler tous les documents dont ils disposent pour réunir « des présomptions » et ainsi « démontrer des liens de causalité ». Et leur a promis de se revoir très vite…

Lire aussi : Ondes et champs électromagnétiques : des éleveurs saisissent la justice après la mort de leurs bêtes

L'Anast a fait appel à Maître François Laforgue du cabinet TTLA pour défendre les éleveurs victimes en justice.
L’Anast a fait appel à Maître François Lafforgue du cabinet TTLA pour défendre les éleveurs victimes en justice. (©actu.fr)

Pour retrouver l’intégralité de l’enquête, c’est ici : Champs et ondes électromagnétiques : le nouveau scandale environnemental ?

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